La porte de la chambre est entre-ouverte, comme un appel à entrer auquel je réponds. Dans le lit une femme a les yeux entre-ouverts et respire difficilement. Malgré les mots pour me présenter, elle ne semble pas consciente de ma présence. Je choisis de rester un peu. D’une pression de la main sur son bras je lui indique ma présence, et m'assois près d'elle. Dans le silence qui s’installe, je tente de deviner où elle en est de sa vie, de ce chemin qui va s’achever, et ce qu’elle pourrait attendre de moi. Je ne suis pas là aujourd’hui pour l’écouter. Elle n’est plus en état de parler. Peut être entend-elle? Je me présente à nouveau, lui dis que je vais rester à côté d’elle quelque temps. Que j’espère que ma présence lui fait du bien. Je pose ma main près de la sienne, et je sens un léger mouvement des doigts. Sur son visage, une ride est marquée entre les deux yeux. J’ai envie de passer ma main sur son front pour tenter de l’effacer mais je n’ose pas. Je ne l’ai jamais rencontrée, peut être n’aimerait-t-elle pas. Je la regarde respirer ; malgré l’oxygène elle semble manquer d’air. J’essaye de garder une respiration régulière, de lui transmettre du calme, de la chaleur. Juste ça. Un peu d’humanité, une respiration, quelques mots qui jouent comme un fond musical, qui lui rappellent qu’elle n’est pas seule, une mélodie rassurante comme je le ferais avec un enfant malade qui n’arrive pas à s’endormir. Le temps s’écoule lentement, comme une parenthèse hors du monde, avec cette femme qui est encore là, mais déjà un peu ailleurs. Je réalise que je ne l’entends plus respirer. Malgré moi, ma respiration s’arrête aussi. Puis reprend. Avec elle. Je me concentre sur ce souffle ténu, comme un murmure de vie. Comme un combat aussi, je sens que cette femme lutte. J'ai envie de lui dire qu’elle peut lâcher prise ; que je l’accompagnerai aussi loin que possible.