Madame G est arrivée après une chimiothérapie particulièrement violente. Epuisée mais combattante, toujours tirée à quatre epingles, son ordinateur et son téléphone portable à portée de main, toujours branchés.

- je suis là pour reprendre des forces

me dit-elle avec un sourire à notre première rencontre. Nous allons souvent ensemble au jardin. je pousse son fauteuil, elle regarde les fleurs, prend une canette de soda, un paquet de gateaux et nous nous installons face au soleil. Cette femme est belle, malicieuse, vive, drôle.

Du haut de ses quatre-vingt six ans et forte d'une vie de voyage et de recherches scientifiques, elle est sereine. Un jour, lors d'un échange plus intime, elle me confie ses doutes, me parle de la mort, et de la difficulté qu'elle perçoit chez ses enfants pour l'accepter.

- je suis athée, mais de toutes façons je vais très bientôt savoir si il y a quelqu'un la-haut; je sais qu'il va venir me chercher .

Pour quelqu'un qui se dit athée...Son appel au ciel est déroutant... Et dans un sourire elle rajoute :

- Vous savez , j'aime tellement la vie, que je ne peux pas m'empêcher de vivre comme si j'étais immortelle. Pourtant je sais très bien que c'est la fin , mon médecin m'a dit qu'on ne pouvait pas faire une nouvelle chimio, je ne suis pas idiote... Mais c'est comme ça, c'est plus fort que moi.

Elle éclate d'un rire qui se termine en quinte de toux. La maladie se rappelle à nous. Elle respire lentement, et reprend:

- C'est pour mes enfants que c'est plus difficile. Je sens qu'ils aimeraient bien qu'on puisse en parler; parfois ma fille essaie un peu. Mais moi je ne suis pas prete. Pas encore. Peut-être un jour. J’espère qu’il sera encore temps de pouvoir parler.