Monsieur Z aimerait sortir au jardin.


Il fait doux dehors, un petit soleil de fin d'été, une température idéale pour permettre à cet homme de quitter sa chambre. Je le retrouve installé dans son fauteuil, une boite posée sur les genoux. il me la désigne d'un geste 

- Je pars avec ce qui m'est indispensable.

C'est un homme très maigre aux pommettes saillantes et au sourire doux;
- Nous pouvons y aller je crois.

Son fauteuil est lourd et peu maniable, dans l'ascenseur, j'ai l'impression de le bousculer, nous peinons pour monter la rampe qui mène au jardin, et enfin vient le temps de la promenade. Il me parle de son amour des plantes, des fleurs, de tout ce qui lui rappelle son pays, la nourriture, le temps d'avant. Je lui propose de sentir les herbes diverses aromatiques. Thym, romarin menthe poivrée, verveine, il cherche mais ne reconnait pas les odeurs;

- Ce sont les médicaments surement, parce que avant je reconnaissais tout les yeux fermés.

Ce constat jette un voile triste sur son regard doux. Nous arrêtons la déambulation face à un olivier - un peu au soleil, j'en profite si peu - 

- il est vieux votre arbre, beaucoup plus que moi ! Il me rappelle des vacances en famille.
Monsieur Z. reste silencieux sans bouger, il fixe l'olivier et je le laisse s'évader. Puis il ouvre sa boite et en sort une pierre noire.


- Vous connaissez ça ? C'est un tayammum pour mes ablutions; lorsque je n'ai pas d'eau, je les fais avec cette pierre. C'est accepté chez nous particulièrement quand on est malade. Et ça c'est mon misbaha. Il m'aide à prier, à prononcer les noms de Dieu .

Je découvre son "indispensable". L'objet est fin, presque précieux. il me le met dans les mains.
- Vous avez vu comme c'est léger !
C'est vrai.
- j'ai trente-trois perles. Les vrais en ont quatre-vingt-dix-neuf. Mais trente-trois c'est déja bien quand on est fatigué. La prière, c'est ma source de paix.

Il appuie  sa tête sur le fauteuil. Je repose le misbaha dans sa main. Il l'égraine doucement en fermant les yeux. je le laisse à sa prière et le regarde. Il est beau, un coté Omar Sharif avec beaucoup de douceur malgré l'épreuve de la maladie. Ses doigts font défiler les perles lentement et régulièrement. Sa paix est contagieuse.
Puis il ouvre les yeux.

- Et si nous parlions maintenant !
Il évoque ses souvenirs de coucher de soleil, la lumière tellement douce là-bas.


- Vous avez voyagé ?


- Un peu

- j'ai tellement aimé voyager. Surtout pour les paysages. Mais aussi, vous allez trouver ça curieux, pour la joie de rentrer chez moi. Se sentir chez soi dans un pays, c'est ce qui est le plus précieux.

Il se tait à nouveau, je ne relance pas; il ne semble pas avoir envie de parler. nous sommes bien dans ce silence, au soleil, entourés de plantes et d'arbres.

Parfois la nature est suffisante pour etre connectés. A moins que ce soit la prière.