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Accompagner écouter soulager… et vivre!
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  • Bénévole d'accompagnement en soins palliatifs, je vous propose de partager quelques moments passés à la rencontre de l'autre, auprès des plus vulnérables. A la frontière de la mort mais pleinement dans la vie.
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29 mai 2016

Frustration

Une semaine s'est écoulée depuis que j’ai partagé quelques heures avec un homme accompagnant sa femme. Il m’avait touchée par sa façon tellement douce de parler d’elle, cette résignation à une fin proche, cette lassitude face à ce temps si long et incertain, sa tristesse en évoquant demain.

Aujourd’hui, je quitte le service après une journée longue et lourde en paroles entendues. Je me sens à la fois vide et trop chargée, fatiguée. J'ai besoin d'air, de musique et de légèreté, envie de respirer à fond, de courir, de sentir mon corps vivant. Je mets mon casque sur mes oreilles et cherche le volume pour le monter au maximum. Je m’évade.  Encore dans l'ascenseur je suis déjà ailleurs dans ma tête, pressée de partir, de me retrouver seule. Lorsque les portes s’ouvrent, mes yeux tombent d’abord sur un sac de voyage un peu fatigué, trop plein, que je me souviens avoir vu au bras d’un homme. En suivant le bras qui le tient je croise le regard de monsieur F. qui m'avait tant touchée en me parlant de sa femme. Il est en deuil, venu pour le départ du corps de sa femme décédé deux jours avant. Autour de lui sa fille, sa belle-fille, et quelques personnes qui lui ressemblent ; il me regarde, et sans un mot, pose son sac par terre et me prend les deux mains. Nous ne disons rien, mes écouteurs diffusent une musique joyeuse, je n’ose pas retirer mes mains des siennes pour les enlever ; je suis coupée en deux, ne trouve rien à dire face à ce regard si profond, si triste et à la fois si paisible ; juste un regard, pour dire merci.

Le temps de me reconnecter avec le lieu, avec la mort et la souffrance, Monsieur F. a lâché mes mains pour reprendre son sac trop lourd. Un peu vouté, il prend le bras de sa fille et quitte les lieux. Je reste seule, une musique trop forte dans les oreilles, et beaucoup de mots qui ne sont pas venus. J'enlève mes écouteurs, le regarde s'éloigner, frustrée de n'avoir pas su l'accompagner jusqu'au bout.

Depuis ce jour, je n’ai plus jamais écouté de musique avant d’être vraiment sortie du lieu.

 

 

11 mai 2016

Présence antalgique

Madame A. est recroquevillée dans son lit face à la fenêtre. J'hésite un peu à entrer puis frappe doucement. C'est une personne que j'ai déjà rencontrée et avec laquelle j'ai eu plaisir à discuter la semaine dernière. Avec peine elle se retourne vers moi et murmure un "oui" interrogatif.

Alors que je me présente, son regard semble me reconnaitre ; elle me montre son ventre et me dit sa douleur. Je lui propose d’aller prévenir les soignants et de rester près d'elle en attendant qu'ils arrivent ; d'un mouvement de tête fatigué, elle acquiesce et à mon retour me montre la chaise près de son lit.

Elle me tient la main, repose sa tête sur l'oreiller, et semble se détendre un peu. Je vois sa respiration se calmer, et reste près d'elle en silence. Bien calée dans un fauteuil, je la laisse s’endormir. Je la préviens doucement que je partirai quand elle dormira et lui dis d’avance au revoir, ce qui la fait légèrement sourire.

Au bout de quelques trop courtes minutes son mari entre dans la chambre le pas décidé et l'air contrarié :


- Tu as beaucoup parlé il faut que tu te reposes.

Je comprends que cette phrase m'est destinée et qu'elle est une façon élégante de me demander de sortir. Sa femme le regarde étonné puis tourne son visage vers moi et me demande doucement :

- Nous avons parlé ?

C'est l'occasion pour moi de rassurer son mari :

 - Pas avec moi. Nous n'avons pas parlé, je vous ai laissé vous reposer; mais peut-être avez-vous eu du monde avant.

Il saisit cette ouverture :

- Oui il y a eu de la famille cet après-midi et ma femme a très mal au ventre ;

Cette phrase fait grimacer madame A et semble faire immédiatement resurgir sa douleur. Elle ferme les yeux et murmure un au revoir.


En les quittant je rappelle à sa femme que les soignants sont prévenus et qu'ils vont arriver.

Monsieur A m'accompagne comme pour être sûr que je ne dérangerai pas sa femme.

- Je suis désolé madame, mais elle a besoin de se reposer.

- Je comprends.

J'aimerais trouver le moment pour lui dire qu'une présence silencieuse peut être un bon calmant contre la douleur. Mais je n'oserais pas. Je le quitte en passant par le poste soignant. Une infirmière me voit :

- Je lui prépare un antalgique.